Sortie du troisième numéro de la revue La Septième Obsession


Pour information, le troisième numéro de la revue bimestrielle au titre bien révélateur et accrocheur La Septième Obession vient de sortir en kiosques. 

Au menu un excellent dossier de plus de 30 page consacré à l’occasion de la sortie de The Revenant et The Assassin au thème de la vengeance dans le cinéma (les femmes et la vengeance, Clint Eastwwod, ect), une étude sur le Torture porn, David Bowie au cinéma, une rencontre avec l'essayiste Pacôme Thiellement qui revient sur les grands classiques tels Twin Peaks, Le troisième homme, Le locataire, Suspira ou Freaks, les sorties en salles et en DVD et bien bien d'autres choses. Tout ça avec une très belle mise en forme de qualité sur 132 pages au prix de 7,50 euros ! 

Par ailleurs, La Septième Obsession regorge des articles, à l'instar du blog cinéma bis et droit, rédigés par des chercheurs toutes disciplines variées comme par exemple Clint Esatwood, profession : justicier par Eric Maulin, professeur de droit public ou encore Amertume de la vengeance : retour sur La prisonnière du désert par David le Breton, professeur de sociologie. 


Voir le site de la revue : //www.laseptiemeobsession.com/



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Répliques cinéma et droit n° 1 Spécial Polar




"Me suicider ? Moi ? Ne soyez pas stupide. Le suicide est contraire à la loi. On ne va pas enfreindre la loi. Ça va être un meurtre et ça va être légal !"
Le point de vue de George Grisby (Glenn Anders) sur sa proposition en échange d’une confession de son assassinat par Michael O'Haraa (Orson Welles) dans The Lady from Shangai de Orson Welles (1947).


"Je suis ce que l'ONU appellerait un observateur.
La propre vision du mexicain Mike Vargas (Chalton Heston) sur sa participation à une enquête criminelle aux Etats-Unis dans Touch of Evil de Orson Welles (1958).


"Je ne suis pas un avocat. Seulement l’avocat se soucie de la loi." 
La vision particulière du corrompu chef de police Hank Quinlan (Orson Welles) dans Touch of Evil


"Il a été prouvé que moins la sanction est barbare moins les crimes sont fréquents. Dois-je démontrer, Votre honneur, que la cruauté engendre la cruauté ?"
Une partie de la plaidoirie de Jonathan Wilk (Orson Welles), avocat de deux accusés encourant la peine de mort dans Compulsion de Richard Fleischer (1959).



"Si vous voulez être libre, vous devez apprendre à résister. Et si les lois sont injustes, il est non seulement votre droit, mais votre devoir de se rebeller."
Le point de vue de Carlo (Franco Nero) dans Il cittadino si ribella (Un citoyen se rebelle) de Enzo G. Castellari (1974). 


"- Et les deux cadavres (…) Ce ne sont pas des preuves ça ? 
- Des soupçons des coïncidences des indices ... mais ce n'est pas assez pour un tribunal …Je dois le lâcher." 
Désaccord entre le commissaire Walter Grandi (Henry Silva) et le procureur sur la suffisance des preuves pour l'inculpation de Sacchi (Tomas Milian) dans Milano odia: la polizia non può sparare (La rançon de la peur) de Umberto Lenzi (1974). 


"- Tu n’a rien à expliquer (…) Prépare toi tu es un homme mort ! 
- Comment ça je n’ai rien fait 
- Je te condamne à mort pour enlèvement, violence et carnage 
(...) 
- Commissaire attendez. La police ne peut pas tirer ! Il n’y a pas des preuves contre moi !" 
La conséquence du désaccord susmentionné… (Milano odia: la polizia non può sparare). 


"- Créons une brigade spéciale, une brigade habilitée par la magistrature à lutter contre la pègre avec une liberté accrue. 
- Tanzi, je peux êtes d’accord en tant que citoyen mais en tant que vice-préfet et votre supérieur je dois vous dire non. 
- On s’efforce d’améliorer note système pour égaler les autre pays européens. 
- La réalité est autre. La France et l’Allemagne ont évolué. Même les suisses ne prennent pas des gants avec les contrebandiers. Alors que nous on permet à Scavellide de voler et tuer pour une chicane juridique. 
- La loi établit les limites." 
Débat entre Tanzi et son supérieur sur le système pénal à mettre en place pour combattre le crime dans Roma a mano armata (Brigade spéciale) de Umberto Lenzi (1976). 


"La vérité est qu’il faut poursuivre les délinquants. Tu cherches toujours des circonstances atténuantes : société, familles et autres âneries sociologiques." 
La vision réactionnaire de Tanzi concernant la justice juvénile dans Roma a mano armata







"C’est contraire à la Convention de Genève !" 
L'avis juridique du tueur à gages reconvertis dans l’enseignement de l’histoire de l’art Clint Eatwoood sur la détention d'une formule d'arme biologique par un acteur non étatique dans The Eiger Sanction (1975) de Clint Eatwoood.


"- Le suspect est torturé, c’est inconstitutionnel ! 
- Si ces bombes explosent, il n’y aura plus de putain de Constitution !"
Discussion tendue entre l’agent du FBI Helen Brody (Carrie-Anne Moss ) et son supérieur concernant le bien fondé de la torture infligée à l’encontre d’un suspect soupçonné d’avoir dissimulé des bombes nucléaires. Le scénario de la bombe à retardement (ticking time bomb scenario), ça vous dit quelque chose ? (Unthinkable de Gregor Jordan, 2010).


"Le Cheik ? Une violation claire du droit international (…) L’omission de quelques traités, enlèvement, faux témoignage"
Accusation(s) (bien ciblée droit international) prononcées par l’agent Anthony Hubbard (Denzel Washington) lors de l’arrestation du colonel William Devereaux (Bruce Willis) coupable de divers crimes commis entre autres lors de la mise en place de l’état de siège à New-York dans The Siege de Eward Zwickstree (1998).



"- Vous avez une commission rogatoire ou quelque chose comme ça ?
- Non je traite directement du producteur au consommateur..."
Encore une discussion tendue entre Martine, femme-flic (Brigitte Lahaie) et entre Madame Wenders, proxénète (Dominique Erlanger) concernant une perquisition dans le bar de cette dernière dans L’exécutrice de Michel Caputo (1986).

Michel le Bisseux
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A paraître : Sylvester Stallone héros de la classe ouvrière


Pour information, la réédition de l'ouvrage Sylvester Stallone, héros de la classe ouvrière de David Da Silva paraîtra fin février 2016 aux éditions spécialisées dans le cinéma LettMotif . 

Selon le site de la maison d'édition, l'objet de l'ouvrage est « d’analyser sans aucun a priori et de manière pluridisciplinaire (mêlant l’analyse filmique, l’histoire, la sociologie, la politique, la biographie…) les productions populaires de la culture de masse en tenant compte aussi bien des intentions des auteurs que des contraintes du marché et de la réception du public. Une approche, malheureusement, encore largement boudée en France qui prouve pourtant, avec ce livre, toute sa richesse ». 




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LIVRE : nouvelle édition de Dark City : Le monde perdu du film noir


Un nouvelle et très belle édition de l'ouvrage Dark City : Le monde perdu du film noir vient de sortir en novembre dernier aux éditions Rivages. Traduit de l'anglais (l'orignal a été publié en 1998), cet ouvrage, bien qu'étant un énième livre consacré a ce genre (on ne s'en lassera jamais), a le mérite de se démarquer clairement des autres, plus pédagogiques et théoriques. 

L'auteur Eddie Muller, romancier et président de la Fondation pour la sauvegarde du film noir, enchaîne les thématiques, acteurs et réalisateurs de manière assez originale et personnelle avec diverses anecdotes savoureuses et méconnues du grand public. En parcourant cet ouvrage, vous sauriez (presque) tout sur (entre autres) Fritz Lang, Orson Welles, Joan Crawford, Richard Widmark, Gloria Grahame, Richard Fleischer Charles McGraw, Lawrence Tierney ou encore sur "le" film, qui selon, l'auteur a mis un terme au genre.

En résumé, Dark City : Le monde perdu du film noir se savoure sans modération et comme le précise à juste titre le spécialiste du noir François Guérif, il s'agit d'u ouvrage donnant « une vision ellroyenne qui a le mérite de faire éclater les cadres traditionnels, et de communiquer son enthousiasme au lecteur ».

Vive le film noir ! 

Eddie MULLER, Dark City: le monde perdu du film noir, Rivages et Payot, écrits noirs, 2015

Michel Tabbal
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Quand l’ONU se lance dans le cinéma : Opération Opium de Terence Young


Opération Opium (titre original : Poppies Are Also Flowers ou Danger Grows Wild, 1966) avait tout pour rester dans les mémoires. Jugez-en par vous-même : un film réalisé par Terence Young, sur un scénario (entre autres) d’Ian Fleming, donc un produit signé par les pères de James Bond. Et surfant sur le succès engendré par les aventures de l’agent secret britannique. Petit rappel historique : nous sommes en 1966 après le succès planétaire de 007 survenu avec James Bond contre Dr. No (1962), Bons baisers de Russie (1963) et Opération Tonnerre (1965) du même Terence Young ainsi que Goldfinger (1964) de Guy Hamilton.

Cela étant dit, le film vaut surtout pour un casting international 5 étoiles impressionnant : Yul Brynner, Omar Sharif, Marcello Mastroianni, Rita Hayworth, Angie Dickinson, Eli Wallach, Stephen Boyd, Howard Vernon, Grace Kelly, des acteurs connus à l’époque et ayant œuvré dans une multitude de films à succès tels que Ben Hur ou La chute de l’empire romain (Trevor Howard, Senta Berger, Gilbert Roland, Hugh Griffith ou encore Jack Hawkins) ainsi que le chanteur Trini Lopez jouant son propre rôle !

# Une production 100 % onusienne

Cependant, Opération Opium n’a pas connu le succès escompté lors de sa sortie en salles tant auprès de la critique que du public, ni même un semblant de notoriété par la suite. Mais il est resté cependant dans les mémoires pour une raison bien particulière : il s’agit d’un film réalisé sur commande, initié et financé (et non sponsorisé donc nuance !) par l’Organisation des Nations Unies (ONU).

Résumons tout d’abord l’intrigue : suite au décès d’un espion œuvrant contre le narcotrafic, deux agents sont envoyés par l’ONU en Iran afin de participer à une opération internationale dont le but est de démanteler un gros trafic d’opium.  A la base, Opération Opium devait être un téléfilm faisant partie d’un projet plus large initié par l’ONU et englobant une série d’autres productions se rapportant aux activités de l’organisation internationale. Pour le journaliste Philippe Lombart*, l’origine du projet remonte à 1963 lorsque l’ambassadeur américain à l’ONU se fait huer par des activistes contre l’organisation mondiale alors qu’il prononce un discours à Dallas. Cet événement lui donne l’idée de mettre en place un projet de films destiné à faire comprendre ce qu’est l’ONU. Trois « téléfilms » verront le jour (Caroll for another Christmas de Joespeh L. Mankiewicz ; Who has seen the Wind de George Sidney et Once upon a Tractor de Leopoldo Torre Nilson). Le « film » de Young reste le plus important du lot puisqu’il sortira finalement en salles et non directement à la télévision. Un détail important confirme la nature engagée du projet : le cachet des superstars s’élevait seulement à 1 dollar symbolique ! Young de son côté travailla gratuitement.


Ouvrons une petite parenthèse et mentionnons que cette initiative – plutôt rare dans le monde du cinéma et de la télévision – n’est pas sans rappeler la démarche entreprise par l’ONG Médecins du Monde qui en 1988 a initié 6 téléfilms (diffusés sous le titre « Médecins des hommes » et malheureusement inédits en DVD) mettant en scène les activités humanitaires de l’organisation. Certains ont été réalisés par des cinéastes de renommée comme Alain Corneau avec Afghanistan, le pays interdit ; Maroun Bagdadi avec Liban, le pays du miel et de l’encens ; Yves Boisset avec Les Karen, le pays sans péché et Jaques Perrin avec Mer de Chine: Le pays pour mémoire[1]. De plus la plupart des interprètes sont des acteurs français de premier rang tels Michel Blanc, Richard Bohringer, Bruno Crémer, Fanny Ardent, Jacques Perrin, Jane Birkin, Robin Renucci, Marie Trintignant et même Bernard Kouchner ! Bref, la même technique utilisée par l’ONU. 

# Un film doté d’une mission de service public international

A la base, Opération Opium veut être un film éducationnel vantant les mérites de l’ONU dans le domaine de la lutte contre la drogue et le narcotrafic. En tout état de cause, un film bien engagé voire selon Philippe Lombard un « film de propagande ». Mais cette fois c’est une propagande plutôt internationale puisque émanant d’une organisation internationale et non nationale comme c’est souvent le cas. 

Lors du tournage, Terence Young était face à un dilemme épineux : faire un produit avec des ingrédients bondien à 100 % lui qui s’y connait bien en la matière ou plutôt un film sur l’ONU donc un film se voulant plus réaliste ? Le résultat finalement est un étrange mélange des deux. Le fonctionnement de l’ONU d’un point de vue technique et bureaucratique n’est à aucun moment mis en scène. C’est à travers les aventures des deux agents (experts ? fonctionnaires ? on s’en fout bien évidemment, l’important c’est de savoir qu’ils font partie de l’ONU !) en matière de lutte contre la drogue que le rôle de l’organisation transparaît et on a droit même à une scène montrant le palais de la paix de l’ONU à Genève. Donc on veut vanter les mérites et l’action de l’ONU, être réaliste (on est, dans une certaine mesure, loin de l’univers glamour et sexy de James Bond par rapport aux deux agents un peu Monsieur tout le monde) mais aussi faire un film rentable avec une petite dose d’exotisme et d’aventures à la Bond !

Ceci dit, Opération Opium a été commercialisé à l’international comme un film d’aventure et non comme un film à but éducationnel sur l’ONU. Il suffit de voir les différentes affiches du film bien axées « films d’aventure et d’espionnage ». De plus, on n’est pas pour autant très loin de l’univers bondien. Comme cette scène de catch féminin qui ne peut que rappeler la fameuse scène de lutte entre gitanes dans Bon baisers de Russie, le côté assez sympathique des agents, les diverses destinations cartes postales du film (l’Iran, l’Italie, Nice, Monaco), la phase finale se déroulant dans le train (vous avez encore dit Bon baisers Russie ?), les très belles femmes, et surtout le bras droit du méchant très bondien puisqu’il ne s’agit que de Harold Sakata, l’inoubliable et mythique Odjob dans Goldfinger, non armé cette fois de son chapeau guillotine (mais au moins il parle !).

L'imposant Harold Sakata

Outre un film sur l’ONU, Opération Opium est un pamphlet contre la drogue, traité de manière plutôt manichéenne : les autorités des Etats évoqués sont plutôt du bon côté et les trafiquants du mauvais côté. Le film en ce sens regorge de scènes assez moralisatrices. La plus emblématique reste sans aucun doute celle où nos deux agents visitent une prison de toxicomanes où ces derniers sont représentés comme des bêtes en cage. De plus, le film est introduit par Grace Kelly avec un monologue anti-drogue ! Précisons finalement qu’on n’atteint tout de même pas le degré des films américains d’exploitation des années 50 dit de « drugsploitation » montrant de manière grotesque les effets néfastes de la drogue et où les toxicomanes sont des psychopathes de la pire espèce.

# Un film s’inscrivant dans le contexte géopolitique de l’époque 

D’un point géopolitique, le film vante les mérites d’une politique mondiale orientée vers la coexistence et la coopération (policière en l’occurrence) et laquelle l’ONU joue un rôle central et fondamental dans le domaine de la lutte contre la drogue. Mais, en plus d’être un film sur l’ONU, l’Etat iranien (lieu du déroulement de la première partie du film) y est désigné sous ses meilleures heures. C’est un Etat modèle doté de compétences nationales efficaces (représenté surtout par un agent du gouvernement incarné par Yul Bryner) mais aussi coopératif sur la scène internationale en tant que membre de l’ONU (à travers son ambassadeur représenté par Omar El Sharif, la classe !). Ceci mérite d’être soulevé ne serait-ce que par comparaison à ce qui visible de nos jours surtout dans le cinéma américain. Mentionnons au passage que peu de films d’aventures ont été tournés en Iran dans les années 60 et 70 (un rare exemple reste Missile X: The Neutron Bomb Incident, 1978) car, rappelons-le, ces années ont vu pulluler sur les écrans des films d’espionnage à la James Bond surtout européens (connus sous le nom d’Eurospy) ayant lieu toujours dans des endroits dits « exotiques » pour certains tel le Liban, la Turquie, l’Egypte. Donc au vu de ses rapports internationaux, l’Iran du Shah aurait donc pu faire l’affaire (sans parler bien évidement de la Savak).

(http://www.theguardian.com/film/gallery/2015/jul/10/omar-sharif-a-life-in-pictures)

Par ailleurs, la première Conférence internationale des droits de l’homme (1969) a eu lieu deux années après la sortie du film à Téhéran. Il est donc bien évident qu’il n’est pas question de dictature et la figure despotique du Shah est tout simplement écartée. Le paroxysme est atteint avec cette scène où le Shah est carrément mentionné sans être nommé explicitement. Lors d’une discussion sur la préparation de l’opération, un officier iranien affirme en regardant un portait du Shah : « Je sais que cette une opération est justifiée, mais elle implique la participation de notre gendarmerie et un seul homme peut décider si un éventuel succès mérite de prendre ce risque ».

En plus d’une représentation efficace de la coopération entre divers sujets du droit international, la coopération avec l’Iran a été fructueuse même pendant le tournage. Par exemple, c’est l’armée nationale iranienne qui est visible. De plus, selon Philippe Lombard, il était carrément question que le Shah fasse une apparition au début avec un message anti-drogue. Preuve à l’appui de ce qui précède, le film se conclut par des remerciements des plus improbables : « Les producteurs expriment leur gratitude et leurs remerciements à Sa Majesté Impériale, le Shahanshah ; au gouvernement d’Iran ; et aux personnes de ce pays sans l’aide desquelles ce film n’aura pu être réalisé ».

(http://rarefilm.net/poppies-are-also-flowers-1966-terence-young-senta-berger-stephen-boyd-yul-brynner-crime-drama-mystery/)

En plus d’être un film sur l’ONU, Opération Opium est un film qui s’écarte de des représentations cinématographes majoritaires (anciennes comme actuelles) optant pour une vision mettant en avant le rôle de l’Etat sur la scène internationale et donc faisant abstraction du droit international. Avec Opération Opium, c’est une société internationale plus relationnelle et institutionnalisée qui prime. En gros, un film qui met bien en valeur l’évolution de la définition du droit international public non plus comme étant un droit qui « régit les relations entre Etats indépendant »[2], mais plutôt comme un droit « constitué par l’ensemble des normes et des institutions destinées à régir la société internationale »[3].


* Certaines informations relatives à la production du film trouvent leur source dans l’entretien réalisé avec le journaliste Philippe Lombard, inclus dans le bonus de l’excellente édition DVD française sorti chez Carlotta Films en 2011. 

Michel Tabbal
[1] Nous avons aussi El Salvador, le pays des quatorze volcans de Florestano Vancini et La naissance: Le pays du soleil levant de Laurent Heynemann.
[2] Cour Permanente de Justice internationale, Affaire du Lotus, 7 septembre 1927.
[3] DUPUY, Pierre-Marie et KERBRAT, Yan, Droit international public, Dalloz, 2012, p. 1.
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Le numéro de Darkness Fanzine spécial Video Nasties est enfin disponible



Le dernier numéro tant attendu de Darkness Fanzine est prêt pour le 22 décembre 2015 et vous pouvez d’ores et déjà le commander.

Ce numéro avec sa magnifique couverture a le mérite d’aborder un passionnant sujet : la tristement célèbre campagne liberticide des Video Nasties menée au Royaume-Uni sous Margaret Thatcher. Il s’agit en ce sens d’une des premières études collectives de cette envergure entreprise en langue française sur le sujet. Car le numéro dissèque et analyse tous les 72 films inclus dans la fameuse liste des « Vidéo Nasties ».

Quelques mots sur cette campagne. Au Royaume-Uni, le magnétoscope va radicalement bouleverser le monde du cinéma bis. Car, à partir des années 70, les Anglais peuvent désormais regarder des films, souvent non projetés en salles, chez soi par le biais de la VHS. Plusieurs titres, édités sans aucun contrôle, vont ainsi pulluler dans les vidéoclubs. Alertées par quelques associations familiales, les autorités vont ainsi mettre en place un régime répressif. Ils vont procéder à des saisies souvent médiatisés dans les magasins en vertu de la loi anglais de 1959 qui réprime l’obscénité. En 1983, les autorités publiques publient une fameuse liste de 72 films connue sous le nom de « Vidéo Nasties ». Gilles Penso (L’Écran fantastique), Didier Lefevre (Médusa Fanzine), Stéphane Erbisti (Toutes les couleurs du Bis), David Didelot (Vidéotopsie), Augustin Meunier (Toxic Cript), Quentin Meignant (Cinémag Fantastique), Fred Pizzoferrato (L’Écran fantastique), Sébastien Lecocq (cinemafantastique.net), Michel Tabbal (cinéma bis et droit), Albert Montagne (blog censorial), Yohann Chanoir (Historiens et géographes), Eric Peretti (Sueurs Froides), ont tous contribué à l’analyse des 72 films interdits au nom de la « moralité publique ». De plus, le numéro propose une analyse deux films interdits aux mineurs par la justice administrative : Saw 3-D et Love.

Vous pouvez commander votre numéro dès maintenant pour la somme de 11 euros seulement (178 pages) chez Sin’Art : http://www.sinart.asso.fr/darkness-16-les-video-nasties-36447.


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L'Inquisition à l'époque moderne dans Witchfinder General de Michael Reeves



Après avoir brièvement évoqué l’Inquisition et la lutte à l’hérésie au XIVe siècle à travers Le Nom de la Rose de Jean-Jacques Annaud et la figure de Bernard Guy, le juge implacable et sinistre qui interroge et envoie au bûcher Salvatore (l’hérétique) et la belle sauvage (la sorcière ?) dont était tombé amoureux Adso of Melk, il est temps d’écrire quelques lignes sur le mythique et légendaire Vincent Price incarnant lui aussi l’Inquisiteur, mais cette fois-ci dans l’Angleterre de l’Époque Moderne. Ah ! L’époque moderne ! Période riche, complexe, ambivalente : l’imprimerie ne diffuse pas que la raison, mais toute sorte de superstitions et croyances dans les phénomènes les plus bizarres. Les plus éclairés pourraient croire qu’une femme urinant dans un champ est en train de l’empoisonner au nom de Belzébuth (la scène est racontée par l’oncle de Zénon dans L’œuvre au noir de Marguerite Yourcenar) ! Démonologues et chasseurs de sorcières emboîtent le pas des bâtisseurs de l’État et de l’ordre des « Nations » (c’est le début du véritable âge obscur de l’Humanité). Et parfois, l’homme de raison et de droit ne fait qu’un avec le justicier des sorcières. Parfois, ils sont la même personne. À titre d’exemple, Jean Bodin, le grand maître publiciste français, est l’auteur, au crépuscule de sa vie, d’un ouvrage sur la sorcellerie, De la démonomanie des sorciers, publié en 1580. Ces superstitions, qui ne servent souvent qu’à des fins politiques, sont le fait non seulement des classes populaires mais aussi des classes aisées. Il suffit de lire, dans la préface dans l’ouvrage de Bodin l’exposé du premier cas de sorcellerie auquel il a été confronté pour se faire une idée de la femme sorcière : une campagnarde « résistante », « révoltée », gardienne d’une culture populaire et enfin victime de la société de son temps (comme les femmes qu’on voit brûler dans Witchfinder General). Jean Bodin est amené à se prononcer, le 30 avril 1578 (il devrait être, en ce moment, procureur du roi à Laon et il avoue que c’est à cause de ce procès qu’il a décidé d’écrire son traité) sur l’accusation portée contre une certaine Jeanne Haruiller de Verberie près de Compiègne qui avait été « accusée d’avoir fait mourir plusieurs hommes et bêtes ». En somme, une affaire d’homicide, de prostitution et de viols qui se sont transformé en procès contre une sorcière. Witchfinder General rend bien ce climat de délation généralisée et de peur, et la facilité avec laquelle la justice de l’Inquisiteur sévit impunément dans les campagnes, supportée par la population locale, se nourrissant des luttes politiques au nom de la construction du nouvel ordre de la société. Si nous continuons la lecture de la Demonomanie, Bodin cite, à titre d’exemple, l’affaire d’un Curé d’un village près de Londres qui avait été accusé de sorcellerie parce qu’il avait été « trouvé saisi de trois images de cire conjurées pour faire mourir la reine d’Angleterre et deux autres proches de sa personne » (rappelons qu’avant le Witchfinder General, il y a eu en Angleterre un iconoclaste General chargé de détruire les icones réputées idolâtres). Dès lors, comment ne pas avoir à l’esprit l’oncle de Sara, le Curé accusé par les villageois d’être un « papiste » et torturé par l’assistant du Witchfinder ? Le film nous montre donc les expéditions de Matthew Hopkins, Witchfinder General, à travers l’Angleterre de l’Est, en 1645. Hopkins n’aurait que 28 ans lors de sa mort, en 1647 (il s’agirait d’une mort naturelle, causée par une maladie), ce qui contraste un peu avec l’image de cet homme mûr et sévère qu’incarne Vincent Price. À cette époque, l’Angleterre de l’Est, particulièrement puritaine, est le théâtre d’une violente guerre civile. Le film commence en effet par illustrer ces deux thèmes qui s’entremêlent : la chasse aux sorcières d’une part (la première scène, qui sert de prologue, montre la pendaison d’une femme) et la guerre qui oppose les Têtes rondes, du côté du Parlement et dirigées par Oliver Cromwell, aux Royalistes, partisans du roi Charles Ier d’autre part (dans la deuxième scène, sorte d’introduction historique, on voit la jeune Tête ronde Richard, tel un Clint Eastwood du XVIIe, tirer sur l’ennemi faisant preuve d’une adresse presque innée assez impressionnante). Suit la rencontre de Richard avec le Curé, la promesse de mariage de Richard avec Sara, l’idylle amoureux, une moins explicite scène de sexe, et puis finalement here comes the Witchfinder en compagnie de John Stearne (qui parait tout juste sorti d’un film de Sergio Leone). J’aurais bien aimé placer un morceaux des anglais Electric Wizard (I, the Witchfinder : « I’ll clean her sins, for witchcraft I condemn her... Torture, my pleasure, true servant of the dark... »), lors de son apparition, mais hélas, je ne peux pas refaire du Michael Reeves, bien évidemment !

« Do you enjoy the torture, Stearne? » (Hopkins), « And you, Sir? » (Stearne). Les pendaisons rapportent beaucoup d’argent, on applique la loi et on suit la procédure certes, il suffit d’obtenir des aveux. Néanmoins, je m’attendais à voir couler beaucoup plus de sang, à de scènes de torture très dérangeantes. Il n’en est presque rien, heureusement ! Quant aux interrogatoires et condamnations, les méthodes suivies par Hopkins ne s’éloignent pas de données historiques. On assiste à des pendaisons, à des bûchers et au supplice de l’eau. Et c’est tout. Si je devais choisir la scène la plus violente du film, je n’hésiterais pas à décerner la médaille d’or à la scène finale : Richard qui achève à coup de hache Matthew Hopkins. Une fin qui m’en rappelle une autre... en effet, comme le fera Jean-Jacques Annaud pour Bernard Guy dans Le Nom de la Rose, le réalisateur de Witchfinder General a préféré, en décidant de faire mourir l’Inquisiteur sous le coup du mari outragé, la catharsis du spectateur à la vérité historique. Et c’est vrai que ça fait du bien. Enfin, je trouve la scène du bûcher dans le Nom de la Rose plus effrayante que celles proposées par Reeves. C’est plutôt le sadisme de l’assistant de Matthieu Hopkins qui dérange.

Le puritanisme et la guerre contribuent à la mise en scène de ce climat malsain saturant le film où les forces en lutte, d’un côté la pseudo-loi morale des défenseurs de l’ordre – les Puritains et les Witchfinders – et de l’autre les pseudo-fauteurs d’anarchie, de désordre et de chaos – les sorciers et sorcières, en vérité les opposants politiques, ou les personnages incommodes –, semblent trouver enfin un équilibre par la vengeance. The good kills the evil... mais cet équilibre est vite rompu par l’acharnement du jeune soldat sur le corps de l’Inquisiteur ; une fureur qui le transforme en bourreau. On voit bien que le cycle de violence ne s’arrête pas là, le bon soldat est le puritain en guerre qui rallume le flambeau du fanatisme. Malheureusement le film de Michael Reeves est sorti en 1968 et n’a pas pu profiter d’une bande originale appropriée... Black Sabbath et Paranoïd ne sortiront qu’en 1970. La new wave metal anglaise n’a pas encore accouché de The Number of the Beast et le seul groupe qui pourrait plus s’accorder au film, l’homonyme Witchfinder General (qui n’a sorti que deux albums connus pour leurs couvertures où une femme à moitié nue est torturée par les musiciens plongés dans un décor rappelant, si l’on veut, le film) arrivera bien plus tard, dans les années 1980. Tout cela pour dire que j’ai été un peu déçu par la musique du film : elle semble empruntée aux spaghetti western, surtout lorsqu’elle accompagne les courses poursuites à cheval dans les prairies anglaises du XVIIe siècle (on s’attend à ce qu’un cowboy surgisse soudainement des buissons pour tirer contre l’Inquisiteur... et d’ailleurs la scène tournée dans la taverne où se déroule la bagarre entre le jeune soldat et Stearne est digne d’un Bud Spencer et Terrence Hill).


A. Di Rosa
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